J'ai failli ne pas aller sur l'île du Sud. Mon plan initial, c'était dix jours sur l'île du Nord, puis retour à Auckland. Un gars dans une auberge à Rotorua m'a dit que je faisais la plus grosse erreur de mon voyage, et il avait raison. J'ai modifié mon vol, loué un van aménagé depuis Christchurch, et j'ai passé les deux semaines suivantes à conduire à travers des paysages qui me donnaient l'impression d'être dans un film qui n'arrivait pas à décider s'il se passait sur une autre planète ou dans une version idéalisée de la Terre.
La Nouvelle-Zélande est un pays de road trip. Tu peux prendre le bus ou l'avion entre les villes, mais tu passerais à côté de l'essentiel. L'essentiel, ce sont les routes elles-mêmes -- s'arrêter à un point de vue au hasard parce que les montagnes font quelque chose d'absurde, ou se garer près d'une rivière tellement bleue qu'elle semble fausse et manger un sandwich sur le hayon. C'est ça, le voyage.
Van aménagé vs voiture de location
C'est la première vraie décision. Un van aménagé te donne accès au freedom camping, ce qui veut dire que tu peux te garer pour la nuit dans des emplacements désignés gratuitement (ou presque) et te réveiller dans des endroits qui coûteraient 300$ la nuit s'il y avait un hôtel à côté. Une voiture de location est moins chère à la base mais tu paies l'hébergement chaque nuit.
J'ai fait les deux lors de voyages différents. Le van, c'était mieux. Et de loin. Tu économises sur le logement, tu évites la galère quotidienne du "où est-ce que je dors ce soir", et tu te réveilles dans des endroits comme la rive du lac Pukaki avec le Mont Cook qui rougit à 6h du matin. Ça n'arrive pas quand tu es au Holiday Inn.
La location d'un van coûte environ 100-200 NZ$/jour selon la taille et la saison. Jucy, Mighty et Britz sont les gros noms. Des enseignes plus petites comme Spaceship et Lucky Rentals sont souvent moins chères et parfaitement bien. Réserve tôt si tu viens en décembre ou janvier -- tout part.
Détail important : le freedom camping en Nouvelle-Zélande a des règles, et elles se sont durcies. Tu as besoin d'un véhicule certifié autonome (avec toilettes et réservoir d'eaux usées) pour camper sur la plupart des spots gratuits. Les véhicules non autonomes sont limités aux campings aménagés. Télécharge l'appli CamperMate ou Rankers -- elles montrent chaque spot de freedom camping, chaque holiday park et chaque station de vidange du pays.
Conduire à gauche
Si tu n'as jamais conduit à gauche, la Nouvelle-Zélande est un endroit indulgent pour apprendre. Le trafic est léger en dehors des villes, les routes sont bien entretenues, et les Kiwis sont sincèrement courtois au volant. Tu prendras le coup en moins d'une heure.
Ce qui prend plus de temps à intégrer : les ponts à une voie. Il y en a des centaines, surtout sur l'île du Sud. Un panneau t'indique qui a la priorité. Si la flèche de ton côté est plus petite, tu attends. Ça paraît confus mais ça devient instinctif vite.
Les routes sont plus sinueuses que prévu. Ce qui ressemble à deux heures de route sur la carte en prend trois parce que tu serpentes dans des cols de montagne à 60 km/h. Prévois plus de temps que ce que Google Maps suggère. Et la météo change vite, surtout sur la côte Ouest -- du soleil à une pluie horizontale en vingt minutes.
Temps forts de l'île du Nord
Auckland
Auckland, c'est bien. C'est une ville. Elle a de bons restaurants et une vie nocturne correcte, et le port est joli. Mais ce n'est pas pour ça que tu es venu en Nouvelle-Zélande. Passe un jour, peut-être deux, puis pars. La Sky Tower est exactement ce que tu attends d'une grande tour d'observation. Ponsonby et Karangahape Road ont les meilleurs restos et bars si tu restes une nuit.
Rotorua
C'est là que ça devient intéressant. Rotorua sent le soufre et repose sur une activité géothermique qui fait littéralement fumer le sol. Wai-O-Tapu est le must -- un paysage volcanique de bassins aux couleurs fluorescentes qui semblent retouchés mais ne le sont pas. Le Champagne Pool est un endroit réel avec une eau orange et verte qui est sincèrement difficile à croire tant que tu n'es pas devant.
Rotorua est aussi le meilleur endroit pour découvrir la culture maorie. Le village Tamaki Maori propose une soirée culturelle avec un dîner hangi cuit sous terre. C'est touristique, bien sûr, mais c'est fait avec une vraie fierté et la nourriture est excellente.
Tongariro Alpine Crossing
La meilleure randonnée à la journée de Nouvelle-Zélande et l'une des meilleures au monde. 19,4 kilomètres à travers un terrain volcanique avec des lacs émeraude, des fumerolles, et des vues qui deviennent de plus en plus dingues au fur et à mesure que tu montes. Ça prend 6 à 8 heures et il faut une condition physique correcte et un bon équipement -- la météo là-haut peut tourner vite. Des navettes circulent vers et depuis le départ du sentier depuis des villes proches comme Taupo et National Park Village.
Ne zappe pas ça même si tu n'es pas "randonneur". Tu seras content de l'avoir fait.
Péninsule de Coromandel
À quelques heures à l'est d'Auckland, Coromandel donne l'impression d'être dans un autre pays que la ville que tu viens de quitter. Cathedral Cove, c'est la carte postale -- une arche de roche naturelle au-dessus d'une plage de sable blanc. Hot Water Beach est sincèrement bizarre : à marée basse, tu creuses un trou dans le sable et de l'eau chaude remonte par activité géothermique. Apporte une pelle ou loues-en une au surf shop d'à côté.
Île du Sud (le plat de résistance)
Je le dis clairement : l'île du Sud, c'est la raison pour laquelle on va en Nouvelle-Zélande. L'île du Nord est super, mais le Sud est à un tout autre niveau. Chaque heure de conduite révèle quelque chose de nouveau et d'absurde. Sommets enneigés, lacs glaciaires turquoise, plages désertes, forêt tropicale, fjords. C'est sans relâche.
Queenstown
La soi-disant capitale mondiale de l'aventure, et le marketing n'a pas tort. Saut à l'élastique (AJ Hackett au pont de Kawarau, où le saut à l'élastique commercial a été inventé), parachutisme au-dessus des Remarkables, jet boat dans des canyons étroits -- si ça fait monter l'adrénaline, Queenstown l'a.
C'est aussi l'endroit le plus touristique de Nouvelle-Zélande. Bondé, cher, et plein de visiteurs internationaux en vestes assorties de compagnies d'aventure. La queue au Fergburger fait le tour du pâté de maisons (les burgers sont très bons mais je ne suis pas sûr qu'un burger justifie 45 minutes d'attente). Si tu veux les activités sans les foules, installe-toi à Wanaka et fais la route jusqu'à Queenstown pour la journée.
Wanaka
À quarante-cinq minutes de Queenstown et environ dix fois plus détendu. Wanaka est posé sur son propre lac sublime, offre de belles randonnées (Roy's Peak est une montée qui fait transpirer mais ça vaut le coup), et avance à un rythme qui te laisse le temps de profiter. Le fameux arbre solitaire dans le lac est plus petit que les photos ne le suggèrent, mais la ville en elle-même ne déçoit pas.
Milford Sound
Ça vaut chaque minute de la longue route pour y arriver. La route depuis Te Anau jusqu'au Milford Sound traverse des forêts de hêtres ancestraux et l'un des tunnels les plus impressionnants que tu emprunteras jamais (le Homer Tunnel, creusé dans la roche, une seule voie, légèrement terrifiant). Le Milford Sound lui-même est un fjord -- des falaises verticales s'élevant d'une eau sombre, des cascades partout, parfois des dauphins. Réserve une croisière. Il pleut là-bas plus de 180 jours par an et les locaux te diront que c'est en fait mieux sous la pluie parce que les cascades passent d'impressionnantes à démentes.
Côte Ouest : glaciers et Hokitika
La côte Ouest est sauvage, humide et donne l'impression d'être sincèrement isolée. Les glaciers Franz Josef et Fox sont les principales attractions -- tu peux randonner jusqu'aux fronts glaciaires ou faire un tour en hélicoptère qui se pose au sommet. Les glaciers ont considérablement reculé ces dernières années, ce qui est à la fois un rappel du changement climatique et une raison de les voir tant que tu le peux.
Hokitika est une petite ville qui mérite un arrêt pour les gorges (une eau bleu-vert presque irréelle) et les ateliers de pounamu (jade/greenstone). C'est un bon endroit pour attraper une tourte et se dégourdir les jambes.
Parc national Abel Tasman
Au sommet de l'île du Sud, Abel Tasman, c'est la marche côtière à son meilleur. Plages de sable doré, eau cristalline, bush natif. Tu peux faire des randonnées à la journée, des treks de plusieurs jours avec réservation de refuges, ou du kayak le long de la côte. Des water taxis te déposent à différents points le long du sentier pour personnaliser la distance. C'est une saveur complètement différente du paysage néo-zélandais -- plus méditerranéen que Tolkien.
Kaikoura
Une petite ville sur la côte est, célèbre pour l'observation des baleines. Les cachalots sont là toute l'année, et les excursions en bateau ont un bon taux de réussite. Des dauphins aussi -- tu peux même nager avec les dauphins sombres si tu supportes l'eau froide et une combinaison. Kaikoura est aussi un excellent spot pour les fruits de mer. Les écrevisses (homards) des stands au bord de la route sont chères mais mémorables.
Le côté pratique
Budget. La Nouvelle-Zélande n'est pas bon marché. Un budget réaliste de backpacker, c'est 150-200 NZ$ par jour, van compris, carburant, nourriture et activités. Le carburant est cher -- environ 2,80-3,20 NZ$ le litre -- et les distances sont longues. Cuisiner au supermarché sauve ton budget ; Countdown et New World sont les principales enseignes. Un poulet rôti, du pain et de la salade du supermarché font un dîner solide en van pour environ 15 NZ$.
Durée. Trois semaines, c'est l'idéal pour les deux îles. Si tu n'as que deux semaines, fais l'île du Sud et atterris à Christchurch. Essayer de boucler les deux îles en deux semaines veut dire que tu passeras plus de temps à conduire qu'à profiter.
Holiday parks. Quand le freedom camping n'est pas possible, les holiday parks (comme Top 10 ou Holiday Acres) coûtent environ 20-50 NZ$ pour un emplacement de van avec électricité. Ils ont des douches chaudes, des cuisines, des machines à laver, et parfois des jacuzzis. Pas glamour, mais fonctionnel et convivial.
Meilleure période. Décembre à février, c'est l'été et la haute saison. Janvier est le mois le plus chargé et le plus cher. Novembre et mars sont les mois intermédiaires avec un super temps et moins de monde -- c'est mon choix. L'hiver (juin-août), c'est la saison de ski à Queenstown et Wanaka mais les routes de l'île du Sud peuvent être glissantes.
La faune
Tu ne verras probablement pas de kiwi à l'état sauvage. Ils sont nocturnes, timides et en voie de disparition. Ta meilleure chance, c'est un sanctuaire de kiwis -- celui de Rotorua est bien. Ce que tu verras en revanche : des phoques à fourrure qui se prélassent sur les rochers un peu partout le long de la côte de l'île du Sud (surtout près de Kaikoura), des manchots antipodes sur la péninsule d'Otago près de Dunedin, et des dauphins si tu fais n'importe quelle excursion en bateau.
La vie ornithologique est excellente même si tu n'es pas ornithologue. Les tui et les méliphages carillonneurs ont des chants métalliques, d'un autre monde, qui deviennent la bande-son de ton voyage. Les kéas -- des perroquets alpins -- essaieront de démonter ton van si tu te gares près d'Arthur's Pass. Ils sont intelligents, destructeurs et hilarants.
L'avis honnête
La Nouvelle-Zélande est surcotée pour exactement zéro chose. Chaque personne qui m'a dit que c'était le plus beau pays qu'elle ait jamais visité avait raison. C'est aussi cher, la scène culinaire en dehors des villes est juste correcte (beaucoup de tourtes et de fish and chips, ce qui finit par te plaire), et deux semaines suffisent à peine.
Mais la route. La route, c'est le truc. Tu tournes dans un virage et il y a une vallée de rivière alimentée par un glacier qui s'étend jusqu'à l'horizon. Tu t'arrêtes parce que tu dois t'arrêter, pas parce qu'un panneau te le dit. Tu dors dans ton van au bord d'un lac et tu te réveilles avec la brume qui glisse sur l'eau et des montagnes dont tu ne connais pas le nom dans toutes les directions.
C'est ça que fait la Nouvelle-Zélande. Elle n'essaie pas de t'impressionner. Elle est, tout simplement, et c'est bien plus qu'il n'en faut.



